Caroline Depuydt, psychiatre au sein d’Epsylon et cheffe de service – HAS Fond’Roy, entame une série d’articles et de réflexions, sur le vaste thème: aller mieux grâce aux neurosciences, un challenge à votre portée  !

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Notre monde contemporain vit une contradiction : d’un côté, nous sommes soumis à un impératif majeur, celui du développement personnel, d’être heureux, épanoui, en phase avec soi-même et en paix avec les autres. En même temps, d’un autre côté, il n’y a jamais eu autant de pathologies liées de façon directe ou indirecte au stress: burn-out, dépression, anxiété majeure, phobies, troubles du sommeil. Mais aussi: ulcères, maladies cardio-vasculaires, maladies auto-immunes, hypertension artérielle, diabète, eczéma…

Ceci est d’autant plus vrai actuellement, dans cette année bousculée par l’arrivée du Covid et les conséquences de cette pandémie sur toute la population.

La prescription de psychotropes par la médecine conventionnelle, c’est à dire de substances médicales qui agissent sur l’état du système nerveux central, atteint des sommets inquiétants. En Belgique, plus de 13% de la population est sous antidépresseurs, et en tout, ce sont 20% qui prennent des psychotropes souvent de façon combinée (hypnotiques, sédatifs, neuroleptiques ou antidépresseurs). Pourtant, ces médications ne sont pas exemptes d’effets secondaires, loin s’en faut : prise de poids, troubles de la concentration, somnolence, ralentissement psychomoteur, émoussement des affects, mouvements involontaires et incontrôlés… La liste est longue.  Non pas qu’ils ne soient pas nécessaires, mais leurs indications doivent être bien posées et leurs effets fréquemment réévalués ainsi que leur dosage adapté afin d’éviter, entre autres, les risques d’accoutumance et de dépendance.

Vu toutes ces difficultés liées aux prises en charge conventionnelles, les gens se sont massivement tournés ces dernières années vers d’autres types de thérapeutiques non conventionnelles qu’on rentre dans le terme fourre-tout de thérapies alternatives, celles-ci connaissent donc également une grande expansion.

Pour vous donner une idée, le marché des compléments alimentaires représentait en France en 2018, près de 2 milliards d’euros. On est ceci dit encore loin des 32 milliards dépensés par la France et ses citoyens, la même année, rien que pour les médicaments.

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Pour rappel, les compléments alimentaires ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché, « Par définition, un complément alimentaire ne peut avoir, ni revendiquer d’effets thérapeutiques » (Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation – Anses). On y trouve de tout en termes de substances plus ou moins naturelles dont les effets n’ont souvent pas été évalués par des études respectant des protocoles scientifiques validés. Citons, pour l’exemple, dans les compléments alimentaires, les vitamines, acides gras et stimulants de l’immunité, les médications  naturelles à base de bourgeons de plantes (gemmothérapie ) ou de fleurs de Bach. D’autres méthodes viennent compléter la gamme : la phytothérapie, l’homéopathie, la litothérapie (qui soigne par les cristaux).

Dans les approches corporelles, nous retrouvons la kinésiologie, la médecine ayurvédique, les thérapies psycho-corporelles…  Ce sont également développés les thérapies dans le domaine de la psychologie énergétique où on retrouve l’EFT- Emotional Freedom Technique; l’EMDR – Eye Movement Desensitization and Reprocessing; la TAT- Tapas Acupressure Technique; le TFT-Thought Field Therapy; le Zenzight, etc.

Puis il y a toutes les  thérapies cognitivo-comportementales dite de la 3ème vague, mindfullness, l’ACT pour Acceptance and Commitment Therapy, la cohérence cardiaque. Qui n’a pas également entendu parler de la Gestalt-Thérapie, de l’analyse transactionnelle, de la PNL- Programmation Neuro-Linguistique, de la sophrologie ?! Sincèrement, on pourrait continuer jusqu’à demain sans épuiser la liste, donc je vais m’arrêter là.

Enfin, tout de même, je m’en voudrais de ne pas citer tous les types de coaching qui se sont développés sur un marché visiblement pas encore suffisamment saturé : coach de vie, coach sportif, coach de perte de poids, etc. Tout cela devient d’autant plus absurde que les études montrent en général qu’au bout du compte, le thérapeute joue un rôle beaucoup plus marquant que le type de psychothérapie : l’efficacité est indépendante du type de traitement mais est bien dépendante du thérapeute (son expérience, ses aptitudes de base) et surtout de l’alliance thérapeutique qui a pu être tissée entre le client et son thérapeute.

Une constatation s’impose, il y a pléthore, le marché est gigantesque, la demande est là, l’offre suit et s’arrange pour créer encore plus de demandes! Alors, comment s’y retrouver dans cette surabondance?

Vous n’y connaissez rien, à priori vous n’avez pas fait d’études de médecine, de psychologie, ou d’études qui analysent tous les courants actuels de psychologie (il faudra bientôt des théoriciens de ce type, croyez-moi). Par contre, vous avez envie d’apprendre à mieux gérer votre stress. Soit que vous vivez une période pénible, c’est le cas de nombre d’entre nous dans le cadre de cette malheureuse pandémie Covid. Soit que vous vous êtes toujours senti anxieux, soit que vous avez lu dans Psychologie Magazine que le stress était un poison insidieux et qu’il fallait prendre le taureau par les cornes avant qu’il ne soit trop tard. Ou alors, vous avez une problématique ou un souhait spécifique: une peur de prendre l’avion qui vous empêche de partir en vacances, un burnout ou un problème de harcèlement moral au travail. Ou vous vous sentez relativement bien mais vous souhaitez apprendre à méditer et à lâcher prise. Dans tous ces cas, vous voilà confronté à un choix difficile :  vers quelle méthode se tourner pour répondre à votre demande ? La médecine conventionnelle via votre médecin traitant, un psychiatre ou un psychologue clinicien ? La bio-énergéticienne conseillée par votre belle-soeur qui ré-aligne si bien les chakras ? L’instructeur mindfullness dont vous avez vu la carte sur la table de la salle d’attente de votre dentiste? Le weekend de méditation/yoga/reiki ?

Vous vous demandez s’il y a un numéro Test-Achat qui s’est penché sur la question et comment vous allez faire pour tomber entre les mains d’un expert et non d’un charlatan…

Et quand on est thérapeute alors, que répondre aux interrogations de ses patients/clients/coachés ? Quelles méthodes conseiller voire même appliquer sur soi ou pour les autres et en fonction de quelles indications ou quels besoins ? Y a-t-il des outils  qui ont été validés scientifiquement? Doit-on fonctionner uniquement en réseau fermé : je connais untel, je sais que c’est quelqu’un de sérieux, je n’hésite pas à lui référer mes patients en difficulté ?

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En tant que médecin psychiatre, je suis également confrontée à ces questions, d’autant que j’ai le souhait de pouvoir accompagner les gens qui viennent me voir de la façon la plus simple et naturelle possible, tant que faire se peut. Si un traitement psychotrope est nécessaire, so be it mais qu’il soit le plus léger possible et le moins impactant au niveau des effets secondaires.
Je souhaite en plus, redonner aux personnes que je rencontre, les clés de leur vie et le pouvoir de changer les choses par eux-mêmes. Des améliorations sont possibles et ils peuvent les mettre en oeuvre, avec mon accompagnement ou celui d’un autre professionnel. Fini le temps du Médecin Psychiatre en majuscules, un homme souvent, d’âge mûr parfois, sérieux tout le temps. Une grande figure d’autorité, qui détient les réponses aux questions que vous lui amenez et offre une réponse extérieure à un malaise intérieur.

De mon point de vue, je vois plutôt la prise en charge comme un accompagnement, une co-construction où la personne qui consulte crée ses propres réponses et active ses propres capacités d’auto-apaisement voire d’auto-guérison. Et, en cela, il peut être aidé, soutenu, accompagné par un thérapeute qui marche à ses côtés dans la découverte de ses propres potentialités. Pour arriver à ces fins, tous les moyens sont-ils bons? Je pense qu’il nous faut rester prudent et circonspect : primum non nocere. En premier lieu ne pas nuire, dit notre serment d’Hippocrate.

Du coup, en bonne curieuse sceptique, je me suis mise à chercher, lire, compulser, expérimenter et comparer des données, sur ce qui existe. Pour tenter d’y voir plus clair dans la jungle du développement personnel et du soin psychique, j’ai pris une voie qui passe par la validation neuroscientifique et les résultats de recherches dans ce domaine, parce que c’est la seule que je connaisse qui ait fait ses preuves. Ce qui peut être démontré, répété lors d’expérimentations, ce qui provoque des modifications mesurables par nos moyens conventionnels, voilà ce qui a attiré mon attention et que j’ai pu également expérimenter par moi-même.

Pour certains d’entre vous, lecteurs, cette méthode de la validation scientifique est le minimum minimorum. Mais pour d’autres, elle est peut-être ringarde ou restrictive, et qui sait dans 20 ans , nous aurons découvert d’autres « moyens conventionnnels » d’études qui élargiront notre cadre. Néanmoins, que je sache, jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas encore trouvé le moyen de mesurer l’aura d’une personne par une IRM. Et comme moi, je vis au jour d’aujourd’hui, je me base sur ce que j’ai à ma disposition…

Il en ressort finalement quelques outils, simples à mettre en oeuvre, qui vont au-delà des diagnostics, au delà des catégories dans lesquelles on est parfois enfermés. Des outils que j’utilise moi-même, soit pour moi, soit dans ma pratique professionnelle et qui rentrent tous dans cette logique d’être en même temps holistiques, ne provoquant pas de dépendances ou d’effets secondaires et dont l’efficacité peut être démontrée par les neurosciences.

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Voilà l’objet de cette suite d’articles. Je vous ouvre ma boite à outils, celle que j’ai constituée au fil de mes années d’apprentissage et d’expérience et qui se résumerait ainsi: comment aller mieux et prendre soin de soi grâce à des méthodes simples, naturelles, holistiques et dont l’efficacité est prouvée par les neurosciences?

Ces articles sont à destination tant des thérapeutes, comme pistes de réflexion et de mise en action, pour eux-mêmes et pour leurs patients, que pour n’importe quelle personne qui s’intéresse à ce domaine et souhaite trouver des pistes vers un mieux-être.

D’abord, je commencerai par poser les bases neuroscientifiques qui nous aideront à mieux comprendre  et discuter par la suite la validité des différentes méthodes. En effet, mieux vous comprenez comment ça marche dans votre corps, ce qui vous arrive quand vous vivez une émotion ou quand vous revivez un souvenir joyeux ou traumatisant, plus facilement et consciemment vous pourrez appliquer les outils proposés. La compréhension vous dote d’un grand pouvoir.

Pour vous rendre la lecture plus facile et plus amusante, j’ai tenté d’utiliser un langage simple et des analogies parlantes, ainsi que des illustrations pour vous aider à y voir plus clair. Celles-ci seront réalisées par une journaliste de talent et chargée de la communication numérique à Epsylon, Marie Colard.

A la fin de chaque article, un petit encart « Lectures » vous donne quelques références si vous souhaitez aller un peu plus loin dans la compréhension de ce qui vous est expliqué ici.
Ensemble, c’est donc à un voyage auquel nous vous invitons, mais un voyage fun, ludique et instructif, au coeur de vous-mêmes et de vos potentialités.

 

Lectures

– Delclos M, Les Médecines et thérapies alternatives – 135 thérapies répertoriées – ABC, 2018.

– Borch-Jacobsen M, Big pharma : une industrie toute puissante qui joue avec notre santé, Les arênes, 2013.

– Berche P et Lefrere JJ, Gloires et impostures de la médecine, Perrin, 2011.

– Despland JN., l’évaluation des psychothérapies, L’Encéphale, 2006 ; 32 : 1037-46, cahier 2.